L’église fortifiée Saint-Remi de Marly-Gomont
Une sentinelle de pierre dominant la vallée de l’Oise
Au cœur de la Thiérache, le village de Marly-Gomont est aujourd’hui connu bien au-delà des frontières de l’Aisne. Pourtant, avant d’être associé à sa notoriété contemporaine, le village s’est construit autour d’un patrimoine remarquable dont l’église fortifiée Saint-Remi constitue le joyau. Dressée sur une légère éminence dominant la vallée de l’Oise, elle veille depuis plusieurs siècles sur les habitants et raconte, à elle seule, l’histoire mouvementée de cette région frontalière.
Le visiteur qui s’arrête devant l’édifice est souvent surpris. Derrière son apparence rustique se cache une architecture originale qui diffère sensiblement des autres églises fortifiées de Thiérache. Sobriété, puissance et élégance s’y conjuguent harmonieusement, faisant de Saint-Remi l’un des monuments les plus singuliers du territoire.
Une église bâtie sur un site occupé depuis le XIIᵉ siècle
Une première église aurait été construite à cet emplacement dès le XIIᵉ siècle. Si elle a aujourd’hui totalement disparu, son implantation n’a jamais changé. Installée sur une butte naturelle dominant la vallée de l’Oise, elle bénéficiait d’une position idéale tant pour la surveillance des environs que pour l’affirmation de la présence religieuse au cœur du village. Certains spécialistes estiment d’ailleurs que les parties basses de deux échauguettes pourraient provenir de cette première construction médiévale.
Par temps dégagé, le panorama est remarquable. Depuis les abords de l’église, le regard embrasse largement la vallée et permet même d’apercevoir, au loin, l’église fortifiée de Saint-Algis, autre témoin prestigieux du patrimoine religieux de la Thiérache.
Une architecture typiquement thiérachienne
L’église Saint-Remi est construite en grès, complété par des élévations en briques rouges, deux matériaux emblématiques de l’architecture locale.
Cette alternance de pierre et de brique lui confère une esthétique chaleureuse tout en assurant une grande solidité. Les bâtisseurs ont privilégié une architecture simple mais robuste, parfaitement adaptée aux contraintes militaires de l’époque.
Les ressemblances avec l’église Saint-Nicolas d’Englancourt sont frappantes. La qualité de la maçonnerie, le traitement des façades et l’utilisation des mêmes matériaux laissent penser que les deux édifices pourraient avoir été réalisés par les mêmes équipes de constructeurs au cours du Moyen Âge.
Une particularité unique : une église sans clocher
Parmi toutes les églises fortifiées de Thiérache, Saint-Remi possède une caractéristique exceptionnelle.
Contrairement à la plupart des autres édifices fortifiés, elle ne possède ni clocher-donjon, ni tour centrale, ni même un simple clocher.
Cette absence surprend immédiatement le visiteur. Là où d’autres villages faisaient du clocher un véritable poste de guet, Marly-Gomont a privilégié une autre solution défensive : quatre échauguettes réparties aux angles de l’édifice.
Cette silhouette basse et massive participe aujourd’hui au charme très particulier de l’église.
La fortification de 1633
Au XVIIᵉ siècle, la Thiérache vit au rythme des guerres entre le royaume de France et les Pays-Bas espagnols. Les passages d’armées, les pillages et les incursions de bandes armées poussent les populations à transformer leurs églises en véritables refuges.
C’est dans ce contexte qu’en 1633, l’église Saint-Remi est profondément remaniée.
Une nouvelle nef en briques est édifiée tandis que quatre échauguettes viennent renforcer le système défensif. Les habitants peuvent désormais s’y réfugier en cas d’attaque et défendre le village depuis les ouvertures aménagées dans les murs.
Cette transformation marque durablement l’identité de l’édifice.
Les quatre échauguettes
L’un des éléments les plus remarquables de Saint-Remi est constitué par ses échauguettes.
Les deux principales encadrent majestueusement le portail occidental en arc brisé.
Construites sur de puissants contreforts de grès, elles sont coiffées de toitures coniques recouvertes d’ardoises. Leur partie supérieure, réalisée en briques rouges, contraste élégamment avec le soubassement en pierre.
Deux autres échauguettes existaient autrefois aux extrémités de la nef. Elles furent malheureusement amputées lors du réaménagement du chœur au XVIIIᵉ siècle.
Les mystérieuses têtes sculptées
L’église réserve une surprise à ceux qui prennent le temps d’observer les détails.
À la base des contreforts soutenant les échauguettes apparaissent plusieurs petites têtes humaines sculptées dans la pierre.
Leurs expressions, parfois souriantes, parfois énigmatiques, intriguent depuis des siècles.
Aucune certitude n’existe quant à leur signification. Éléments décoratifs, représentations symboliques ou simples fantaisies des tailleurs de pierre ? Le mystère demeure entier, ajoutant encore au charme du monument.
Les meurtrières
Tout autour de la nef, les meurtrières rappellent que l’église était également une forteresse.
Percées à hauteur d’homme, elles permettaient aux défenseurs d’observer les alentours et de repousser d’éventuels assaillants.
Encore parfaitement visibles aujourd’hui, elles témoignent de l’ingéniosité des bâtisseurs qui réussirent à transformer un lieu de culte en véritable refuge collectif.
Les transformations du XVIIIᵉ siècle
Au XVIIIᵉ siècle, d’importants travaux sont entrepris afin de reconstruire le chœur.
Cette campagne de rénovation entraîne malheureusement la disparition d’une partie du dispositif défensif puisque deux échauguettes sont partiellement détruites.
Les historiens s’interrogent encore aujourd’hui sur le contexte exact de ces travaux. Ont-ils précédé ou suivi le pillage de Marly-Gomont par les soldats du Hollandais Growentein en 1712 ? Aucun document ne permet actuellement de répondre avec certitude.
Une église ouverte à la visite
L’église Saint-Remi est ouverte quotidiennement, permettant aux visiteurs de découvrir un intérieur profondément remanié au fil des siècles.
Si certains auteurs considèrent que les restaurations successives lui ont fait perdre une partie de son caractère ancien, l’édifice conserve néanmoins un mobilier religieux intéressant et une atmosphère paisible qui invite au recueillement.
La nef, très lumineuse, est habillée de boiseries courant jusqu’à la hauteur des fenêtres. Le dallage noir et blanc conduit naturellement le regard vers le chœur où se dresse un élégant maître-autel de style néogothique réalisé en marbre blanc.
Au-dessus de celui-ci, une grande toile religieuse domine l’ensemble du sanctuaire et renforce la solennité des lieux.
Un patrimoine religieux bien conservé
Malgré la sobriété de son décor, l’église conserve plusieurs œuvres dignes d’intérêt.
Une chapelle est consacrée à Sainte Thérèse de Lisieux. La jeune carmélite y est représentée tenant son crucifix et une brassée de roses, symbole de la « pluie de roses » promise après sa mort. Régulièrement fleurie, cette statue témoigne de la profonde dévotion populaire dont elle fait encore l’objet.
À proximité du chœur, une statue de Notre-Dame de Lourdes rappelle les apparitions de 1858 à Bernadette Soubirous. Son manteau blanc et sa ceinture bleue sont immédiatement reconnaissables.
Le visiteur découvre également une belle statue de saint Remi, patron de l’église. Évêque de Reims au Ve siècle, il est célèbre pour avoir baptisé Clovis, roi des Francs, acte fondateur de l’histoire chrétienne du royaume. Représenté en habits pontificaux, tenant sa crosse pastorale et bénissant les fidèles, il occupe naturellement une place privilégiée dans l’édifice qui porte son nom.
Une élégante Vierge à l’Enfant complète cet ensemble. Drapée d’un manteau doré, Marie porte l’Enfant Jésus tenant le globe surmonté de la croix, symbole de sa royauté sur le monde.
Le long des murs de la nef, un chemin de croix composé de quatorze tableaux accompagne le parcours des visiteurs. Suspendues au-dessus des boiseries, ces œuvres rappellent les derniers instants de la Passion du Christ.
Une architecture intérieure sobre
Contrairement à certaines autres églises fortifiées de Thiérache, Saint-Remi séduit davantage par son architecture que par l’abondance de son décor intérieur.
Les restaurations entreprises au XIXᵉ puis au XXᵉ siècle ont privilégié la simplicité. Les enduits clairs, les boiseries et les lignes épurées mettent davantage en valeur les volumes de la nef que les éléments décoratifs.
Cette sobriété crée une atmosphère calme et lumineuse, très différente de l’impression de puissance dégagée par les façades extérieures.
Un monument historique
La qualité architecturale et l’intérêt historique de l’église Saint-Remi sont officiellement reconnus le 3 février 1928, date de son inscription au titre des Monuments historiques.
Depuis lors, elle constitue l’un des principaux témoins de l’histoire militaire et religieuse de la Thiérache.
Une visite incontournable en Thiérache
À quelques minutes seulement du célèbre panneau « Marly-Gomont », l’église Saint-Remi mérite largement que l’on quitte la route principale pour prendre le temps de la découvrir.
Son architecture atypique, son absence de clocher, ses puissantes échauguettes, ses mystérieuses sculptures de pierre, son maître-autel de marbre et les statues qui ornent son intérieur racontent près de neuf siècles d’histoire. L’édifice illustre parfaitement l’ingéniosité des habitants de la Thiérache, contraints de transformer leurs lieux de culte en refuges face aux guerres et aux invasions.
Depuis le parvis, le regard se perd sur les paysages du bocage et la vallée de l’Oise. Ce panorama, qui accompagne l’église depuis le XIIᵉ siècle, rappelle combien patrimoine, nature et mémoire sont intimement liés en Thiérache.
Saint-Remi n’est pas seulement un monument remarquable ; elle est l’un des symboles de cette terre de frontière, où la pierre, la brique et la foi ont su traverser les siècles. C’est un lieu qui mérite d’être découvert avec lenteur, en observant autant les puissantes façades fortifiées que les détails discrets laissés par les bâtisseurs : une meurtrière, une échauguette, une tête sculptée ou une statue vénérée depuis des générations. C’est dans ces détails que réside toute l’âme de cette remarquable église fortifiée.
Bonjour,
On connaît Marly-Gomont grâce (ou à cause) de la chanson de Kamini. Je ne savais pas que cette commune avait une église fortifiée.
Cdt,
Julien
Bonjour Julien,
Merci pour votre visite. En effet, Marly-Gomont est devenu « célèbre » grâce à cette chanson. Au-delà de cette promotion auprès du public, Sous le ciel de Thiérache a pour ambition d’inviter les visiteurs à découvrir la Thiérache, à prendre le temps de visiter ses trésors dont font partie les églises fortifiées. L’église Saint-Rémi mérite que l’on pousse la porte d’entrée.
Bon dimanche.
Pascal