Au détour de la D285, entre La Capelle et Haudroy, se dresse un monument discret mais chargé d’histoire : la Pierre d’Haudroy, plus connue sous le nom de Monument du Cessez-le-Feu. Là, dans la soirée du 7 novembre 1918 à 20 h 20, un clairon français donna le premier signal de fin des combats sur ce segment du front occidental, marquant le début de la libération tant attendue après quatre longues années de guerre.

Un lieu où l’Histoire a basculé

À l’automne 1918, les forces allemandes, acculées, amorcent une retraite générale. Le 7 novembre, quatre automobiles portant les plénipotentiaires allemands chargés de négocier l’armistice arrivent à proximité de la ligne de front, au hameau d’Haudroy. C’est là que le capitaine Lhuillier, à la tête du 171ᵉ régiment d’infanterie français, fait appeler le caporal-clairon Pierre Sellier. Sur cet endroit précis, il sonne le premier cessez-le-feu, signe que les hostilités allaient bientôt prendre fin. Quelques jours plus tard, dans la clairière de Compiègne, l’armistice fut signé le 11 novembre 1918, mettant officiellement fin à la Première Guerre mondiale.

De la mémoire à la pierre

Très vite après la guerre, anciens combattants et habitants de la région comprennent l’importance de marquer cet événement singulier. Ils lancent une souscription publique pour ériger un monument en granit des Vosges à l’endroit exact où le cessez-le-feu fut sonné. Grâce à l’énergie de personnalités locales comme André Daublain et au soutien d’associations d’anciens combattants, le projet voit le jour.

Le monument initial, élevé en 1925, porte une inscription solennelle :

1918 — 7 novembre — 20 heures 20
Ici triompha la ténacité du Poilu

Il devient rapidement un lieu de rassemblement incontournable pour les commémorations de la Grande Guerre.

Des épreuves et une reconstruction

Lors de la Seconde Guerre mondiale, le monument est dynamité par les troupes allemandes en août 1940, comme beaucoup de lieux de mémoire symbolisant la victoire de 1918. Après la Libération, le Comité du Souvenir de la Victoire et de l’Armistice s’attelle à sa reconstruction. Confié à l’architecte Louis Rey, lui-même ancien combattant, le nouveau monument, fidèle à l’esprit de l’original, est réalisé en granit sculpté et repose sur les fondations d’avant-guerre. Il est inauguré le 14 novembre 1948 devant des milliers de personnes, retrouvant ainsi sa place dans le paysage mémoriel de la région.

Un lieu vivant de mémoire

Aujourd’hui, la Pierre d’Haudroy est inscrite au titre des Monuments Historiques depuis 1997, protégée pour son rôle unique dans la mémoire de la Grande Guerre. Chaque année, en novembre, la communauté du Pays de Thiérache, les porte-drapeaux et des visiteurs venus de loin se réunissent pour commémorer ce moment où la paix commença à poindre ici, dans la campagne picarde.

Sous le ciel de Thiérache, ce lieu n’est pas seulement une pierre gravée : c’est un point de convergence entre passé et présent, un témoin silencieux d’un tournant majeur de l’histoire européenne.

Première construction de la Pierre d'Haudroy
Seconde inauguration de la Pierre d'Haudroy après sa destruction en 1940
Vue d'ensemble du Monument du Cessez-le-Feu dit la Pierre d'Haudroy
Vue de côté du Monument du Cessez-le-Feu dit la Pierre d'Haudroy
Monument de nos jours
Plaque commémorative dédiée au clairon Pierre Sellier

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