Sur les traces de l’Archange de l’Aéropostale
Face à la maison natale de Jean Mermoz, au cœur d’Aubenton, un petit musée raconte une immense aventure. Ici, il n’est pas question d’une succession de vitrines impersonnelles ou d’une simple chronologie historique. Le visiteur entre dans un lieu de mémoire où revit l’un des plus grands pionniers de l’aviation mondiale.
Créé en 1986, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la disparition de Jean Mermoz, le musée est aujourd’hui animé avec passion par les bénévoles de l’Association Mermoz Aubenton. Depuis près de quarante ans, ils accomplissent un travail remarquable de recherche, de conservation et de transmission afin que la mémoire de l’enfant d’Aubenton continue de traverser les générations.
Notre visite s’est déroulée sous la conduite de Mme Josiane Charvet, présidente de l’association. Durant près de deux heures, elle nous a fait partager bien davantage qu’une visite : un véritable voyage dans la vie de celui que l’on surnommait « l’Archange ».
Un musée à taille humaine, intimiste où chaque objet raconte une histoire
Le premier sentiment qui se dégage est celui d’une étonnante proximité avec Jean Mermoz.
Photographies, lettres, journaux d’époque, objets personnels, affiches, décorations, plaques commémoratives, maquettes d’avions… chaque pièce exposée possède son histoire. Beaucoup proviennent de dons effectués au fil des décennies par des familles, des passionnés d’aviation ou d’anciens proches de l’Aéropostale.
Cette richesse documentaire fait aujourd’hui du musée un véritable conservatoire de la mémoire sur Jean Mermoz, bien au-delà de la Thiérache. En 2025, il a accueilli 373 visiteurs, un record qui témoigne de l’intérêt toujours vivant pour cette figure légendaire.
De l’enfant d’Aubenton au héros mondial
Jean Mermoz naît à Aubenton le 9 décembre 1901.
Il passe les deux premières années de sa vie dans cette petite commune de Thiérache avant que sa mère s’installe à Mainbressy, dans les Ardennes. En 1917, tous deux rejoignent Paris où sa mère exerce comme infirmière durant la Première Guerre mondiale.
Rien ne laisse encore présager que cet enfant deviendra quelques années plus tard l’un des hommes les plus célèbres de la planète.
Entre 1924 et 1936, Mermoz incarne l’audace, le courage et le progrès technique. Sa popularité dépasse largement le monde de l’aviation. La presse suit chacun de ses exploits et son nom devient familier dans toute la France, admiré aussi bien par les hommes que par les femmes.
Les années héroïques de l’Aéropostale
Le musée retrace avec beaucoup de pédagogie les grandes étapes de sa carrière.
En 1924, Mermoz rejoint les lignes Latécoère qui deviendront bientôt la légendaire Aéropostale.
Entre 1924 et 1927, il assure les liaisons entre Toulouse et le Sénégal, transportant un courrier devenu vital pour relier les continents.
Puis viennent les années sud-américaines.
De 1927 à 1930, il participe à l’ouverture des lignes aériennes en Argentine, au Brésil et au Chili. C’est durant cette période qu’il développe les premiers vols de nuit et réalise l’un des exploits majeurs de l’histoire de l’aviation : la première traversée aérienne de la Cordillère des Andes, ouvrant une nouvelle voie entre l’Argentine et le Chili.
Dans cette aventure, Mermoz n’est pas seul.
Le musée rappelle les destins étroitement liés de trois géants de l’Aéropostale :
- Jean Mermoz,
- Antoine de Saint-Exupéry,
- Henri Guillaumet.
Trois hommes qui écriront quelques-unes des plus belles pages de l’aviation française.
La conquête de l’Atlantique Sud
L’année 1930 marque un tournant décisif.
À bord d’un hydravion Latécoère, Jean Mermoz réussit la première traversée commerciale sans escale de l’Atlantique Sud, démontrant que le transport postal aérien entre l’Europe et l’Amérique du Sud est désormais possible. Cette réussite constitue une révolution mondiale dans les communications.
Le musée permet de mesurer l’extraordinaire audace de ces pionniers qui affrontaient les océans avec des appareils aujourd’hui dérisoires face aux avions modernes.
Trois avions devenus légendaires
Les maquettes exposées permettent de découvrir les trois appareils emblématiques pilotés par Mermoz.
Le premier est le Latécoère 28, hydravion à un seul moteur qui lui permet d’accomplir la traversée historique de l’Atlantique Sud en 1930.
Vient ensuite l’Arc-en-Ciel, élégant trimoteur qui symbolise les progrès rapides de l’aviation française au début des années 1930.
Enfin apparaît le plus célèbre de tous : la Croix du Sud, un Latécoère 300 quadrimoteur destiné aux grandes traversées océaniques.
C’est à bord de cet appareil que Jean Mermoz disparaît le 7 décembre 1936, lors de sa vingt-quatrième traversée de l’Atlantique Sud. Le dernier message radio annonce une panne moteur avant que l’avion ne s’évanouisse définitivement dans l’immensité de l’océan.
Les vols de nuit : voler avec pour seuls repères quelques flammes
Parmi les anecdotes racontées par Madame Charvet, certaines permettent de mesurer les conditions de vol de cette époque.
Lors des atterrissages nocturnes, les terrains n’étaient pas équipés d’éclairage électrique.
Trois bidons remplis d’essence étaient alors enflammés afin de matérialiser la piste et guider les pilotes vers le sol.
Une image saisissante qui rappelle combien ces pionniers évoluaient aux limites de leurs possibilités techniques.
Une mémoire toujours vivante
Près de quatre-vingt-dix ans après sa disparition, Jean Mermoz demeure une figure universelle.
Chaque deuxième dimanche du mois de mai, Aubenton lui rend hommage par une cérémonie comprenant une messe suivie d’un dépôt de gerbes devant sa maison natale.
Pendant de nombreuses années, les pilotes d’Air France ont également porté une cravate noire, perpétuant le souvenir de celui qui avait ouvert les grandes routes aériennes de l’Atlantique.
Le musée évoque également quelques curiosités moins connues, comme l’existence d’une cuvée « Jean Mermoz » produite dans le Bordelais ou encore le célèbre restaurant toulousain Le Grand Balcon, lieu emblématique où se retrouvaient les pilotes de l’Aéropostale et devenu aujourd’hui l’un des symboles de cette épopée.
Pour prolonger la découverte
Avant de quitter le musée, Madame Charvet nous recommande chaleureusement la lecture de Mermoz, le célèbre ouvrage de Joseph Kessel.
Plus qu’une simple biographie, ce livre restitue toute la dimension humaine, le courage et les doutes de celui qui demeure l’un des plus grands aventuriers du XXᵉ siècle. Beaucoup considèrent encore aujourd’hui cet ouvrage comme la référence incontournable pour comprendre la personnalité de Jean Mermoz.
Notre regard
Le Musée Jean Mermoz d’Aubenton n’est sans doute pas le plus vaste des musées consacrés à l’aviation. Pourtant, il possède une qualité rare : celle de transmettre une émotion authentique.
Grâce à l’engagement de l’Association Mermoz Aubenton et de sa présidente le visiteur ne découvre pas seulement un héros de l’aviation. Il rencontre l’histoire d’un enfant de Thiérache devenu une légende mondiale, dont les exploits continuent d’inspirer toutes celles et tous ceux qui considèrent que les plus belles aventures naissent toujours d’un rêve devenu réalité.
Les visites s’effectuent uniquement sur rendez-vous pris quelques jours avant :
Tél : 03 23 97 70 22
Mail : josianecharvet@orange.fr
Le musée se situe : 2 rue du Jeton 02500 AUBENTON
Tarif : 5 € pour une visite commentée d’une heure
Née à Aubenton et l ayant quitté en 1965 , j ai eu le bonheur de le découvrir 60 après mon départ en 2025. Professionnelle du tourisme, j ai remarqué et beaucoup apprécié la qualité des commentaires de Madame Charvet. Elle est une guide bénévole, passionnée incontestable, pour nous faire revivre la vie de pionnier de Jean Mermoz. Magnifique musée « vivant » grâce aux commentaires. A découvrir absolument !
Bonjour Martine,
Merci pour votre visite.
En effet, Mme Charvet est passionnée par la vie, l’histoire et les aventures de Jean Mermoz.
Cette dame est très dévouée pour son association. Je compte organiser une visite du musée pour les adhérents de notre association.
Au plaisir de vous lire à nouveau.
Pascal